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Le blog d'un lecteur de philosophie

Explication grammaticale de 4 vers du poème "De la nature" de Parménide, traduits du grec

1 Juillet 2013

Sur un forum, j'ai eu l'occasion d'expliquer pour un amoureux de Parménide quelques vers en grec. C'est pas souvent qu'on peut voir écrit et expliqué du grec ancien, surtout du grec ionien, écrit par un philosophe, et qui plus est en vers. Donc voici les explications grammaticales de ces quelques vers du poème de Parménide "Sur la nature". Peut-être cela incitera-t-il quelques-uns d'entre vous à se mettre au grec ancien ? Souhaitons-le du moins. Cette langue et cette culture sont complètement délaissées par l'éducation nationale.


τὸ γὰρ αὐτὸ νοεῖν ἐστίν τε καὶ εἶναι.

Le poème de Parménide, ΙΙΙ


Rien de plus simple que cette phrase, 2 infinitifs substantivés, τὸ εἶναι et (τὸ) νοεῖν, 3 particules, de liaison d'abord, γὰρ(systématiques en grec, un peu comme si on avait des "et, car, donc" en français à chaque phrase), pour lier cette phrase à la précédente, ensuite τε καὶ, pour relier les 2 infinitifs, le verbe être conjugué ἐστίν, 3ème personne du singulier (les deux infinitifs sont considérés comme n'en faisant qu'un), et le pronom αὐτὸς ("même") comme attribut, au neutre ("même chose"), le neutre s'emploie souvent pour signifier un nom abstrait.

Traduction :
car (γὰρ) le pensé et l’être (τὸ νοεῖν τε καὶ εἶναι) sont (est) une même chose (ἐστίν αὐτὸ).



Ταὐτὸν δ΄ ἐστὶ νοεῖν τε καὶ οὕνεκεν ἔστι νόηµα.
VIII, 34


Ταὐτὸν est pour τὸ αὐτὸ, "le même", pronom (comme en latin : "idem"), δ΄, particule élidée qui rattache à la phrase précédente, hellénisme qui ne se traduit pas nécessairement, les Grecs liaient ainsi chaque phrase, ἐστὶ, "il est", donc en français "c'est la même chose", (τὸ) νοεῖν est un infinitif substantivé littéralement "le penser" (donc à comparer au substantif νόηµα, la pensée (nom en -µα, forme des noms instrumentaux fréquents en grec)), τε καὶ, conjonctions de coordination, "et", οὕνεκεν, "à cause de ce que, de quoi", ἔστι "il y a", νόηµα, sans article, "une pensée".

Traduction :

"La même chose est penser et ce à cause de quoi il y a une pensée."



Οὐ γὰρ ἄνευ τοῦ ἐόντος, ἐν ᾧ πεφατισµένον ἐστίν,
VIII, 35


Οὐ γὰρ, particules de liaison, littéralement "n'est-ce pas ?", traduisons par "en effet", ἄνευ, prép. "excepté, outre" + génitif, τοῦ ἐόντος, génitif du participe présent substantivé dans une forme dialectale (voir d'où venait Parménide, dialecte ionien donc), en attique όντος, "de l'étant", ἐν ᾧ : ἐν, "dans" + ᾧ datif du pronom relatif, "dans lequel", ἐστίν πεφατισµένον, participe présent passif accordé au neutre à ᾧ, nominatif attribut : "il est énoncé, déclaré, nommé" (du verbe φατίζω, même sens, verbe du dialecte ionien).

Traduction :
"En effet, en dehors de l'étant, dans lequel il est nommé"


Fragment XIV, traduction Beaufret :
" Claire dans la nuit, autour de la terre errante, lumière d'ailleurs ".



Νυκτιφαὲς περὶ γαῖαν ἀλώμενον ἀλλότριον φῶς
XIV


Νυκτι-φαὲς adjectif composé, νυκτι, datif exprimant la circonstance, "la nuit", φαὲς, nominatif neut., lumineux. περὶ γαῖαν, περὶ prép. bien connue en français, "autour", γαῖαν, compl. à l'accusatif "de la terre", ἀλώμενον, part. medio-passif prés. neutre, "vagabondant, errant," ἀλλότριον, adj. formé sur pron. adj. ἀλλός, autre, "étranger", φῶς, accus. contracte neutre, pour φάος, lumière.


Bien que traduit par un féminin en français (la lune), le sujet est au neutre en grec.


On le prononce comme ça : nuktiphaès péri gaiann alomenonn allotrionn phos (le n est nasal, "ann" et non "an")


NB : Il s'agit d'une prononciation théorique standard.

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