John Stuart Mill, le romantique
Ecouté hier "John Stuart Mill, le romantique", conférence d'Onfray. Mill (car son prénom est bien John Stuart) est défini dans les dictionnaires comme un disciple de Bentham, libéral à tout crin. En réalité, il est partisan d'un libéralisme social. Contrairement aux autres libéraux, il ne veut pas de la liberté à tout prix, si elle doit s'accompagner d'injustices.
Onfray introduit dans cette conférence un concept qui est un peu sa marque de fabrique, bien qu'il le tienne de Jankélévitch, le "hapax existentiel", un évènement de notre vie qui change radicalement notre destinée et nous en révèle le sens. Mill fut un enfant prodige, élevé par son père pour devenir un génie, il commence le grec à 3 ans, le latin à 6, il lit 12 fois l'Iliade. Selon la méthode utilitariste, qui veut que l'enseignement soit délivré aux moindres coûts possibles (ça me rappelle un certain gouvernement...), il enseigne le latin à sa soeur, ce qui évite à son père cette perte de temps...
Mill vit dans l'ombre de son père, qui est son Dieu vivant. A 12 ans, il converse avec Ricardo et Smith. Grâce aux ouvrages de rhétorique qu'il a étudiés, il est capable d'argumenter parfaitement. Il se rend à Paris. Tout va bien jusqu'à l'âge de 20 ans, où il fait une grave dépression. Sa vie n'a pour lui aucun sens. Il raconte que s'il voyait tous ses rêves de société se réaliser, il n'en serait pas plus heureux.
Son père meurt. C'est alors qu'il lit Marmontel, "Mémoires d'un père". C'est la révélation. Ce livre le sauve. Il comprend qu'il a jusqu'à présent manqué d'empathie, il comprend que sa vie uniquement axée sur l'intellect a étouffé en lui le sentiment. Il devient soutien de famille, rencontre une jeune femme mariée et déjà mère, s'engage dans un ménage à trois négocié, il pourra voir sa maîtresse quand le mari sera absent et voyager avec elle. Ils se marieront 20 ans plus tard.
Tout ceci nous est conté dans une autobiographie, un genre qui date de Saint-Augustin, mais où on n'étalait pas encore sa vie entière. On se contentait d'en donner les extraits les plus significatifs pour le propos qu'on tenait. L'autobiographie va connaître un grand succès auprès des auteurs romantiques. Or Mill, selon Onfray, est un romantique. Il pourrait paraître étonnant que ce philosophe raconte sa vie. Peu l'ont fait, on pense à Rousseau, et à Nietzsche, dans Ecce Homo.
Onfray ne craint pas d'aller à contre-courant. En effet, le romantisme n'est pas seulement le sublime des cascades et des forêts, les "orages désirés" de Chateaubriand, mais c'est aussi Baudelaire, le dandysme, le refus de la veulerie, de la moutonnerie. Tous ces esprits révolutionnaires du XIXe siècle sont marqués par le romantisme. Mill en fait partie. Onfray abordera dans la prochaine conférence la philosophie de Mill, en particulier ce qui distingue son utilitarisme de celui d'un Bentham. J'en parlerai donc plus tard.
Légende photos : John Stuart Mill, Marmontel.
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